Un clavier dont on peut déplacer le pavé numérique à gauche ou à droite. Un mini écran rétro façon vieille télé qui s’aimante sur le boîtier. Une batterie de 8000 mAh qui tient 45 jours. Le support de VIA. Le tout sous les 110 €.
Avouons-le, sur le papier l’Epomaker RT98 a tout pour intriguer. Et après plusieurs semaines à l’utiliser au quotidien, je peux confirmer : c’est l’un des claviers les plus originaux passés sur mon bureau cette année. Epomaker n’en est pas à son coup d’essai côté affichage embarqué (on avait déjà vu le concept sur le RT82) mais cette fois la marque pousse le bouchon plus loin avec une conception modulaire qui change vraiment la donne pour les ambidextres et les utilisateurs de tablette graphique.
J’ai testé les deux configurations, numpad à gauche puis à droite. Voici tout ce que ça donne en vrai.
| Prix constaté : environ 110 € — Voir le prix sur Epomaker |
| ✅ Les plus | ❌ Les moins |
|---|---|
| Conception modulaire avec numpad repositionnable | Boîtier ABS plastique, pas le rendu d’un boîtier aluminium |
| Mini écran TV aimanté, détachable et personnalisable | Repositionnement du numpad assez technique |
| Compatibilité VIA native, sans logiciel propriétaire | Keycaps non shine-through, le RGB perd de son intérêt |
| Batterie 8000 mAh, autonomie jusqu’à 45 jours | Quelques bugs ponctuels au réveil de veille |
| Keycaps PBT dye-sub de qualité, esthétique rétro réussie | Mini écran configurable uniquement via une appli web |
| Triple connectivité avec 4 appareils appairés | |
| Gasket-mount avec 5 couches d’amortissement |
Ce qui frappe en lisant cette fiche, c’est la densité de fonctionnalités. Support VIA, batterie monstrueuse, hot-swap, gasket-mount, compatibilité jusqu’à Linux et iOS. Beaucoup de claviers à 200 € n’en proposent pas autant.

Design et fabrication : le charme du rétro

Le RT98 arrive dans une boîte soignée avec un capot anti-poussière siglé Epomaker. À l’intérieur, le clavier est emballé dans son film de protection et un compartiment supérieur regroupe les accessoires : pince combinée keycap puller et switch puller, câble USB-A vers USB-C tressé, trois keycaps de remplacement pour le layout macOS, deux switches Creamy Jade en plus, deux vis et la clé Allen pour le démontage modulaire, le dongle 2.4 GHz (rangé au dos du clavier), et bien sûr le fameux mini écran TV.
Premier contact : c’est lourd. 1,2 kg pour un format 98 % en plastique, ça surprend agréablement. Pas de bruit creux quand on tape sur le boîtier, pas de flex perceptible. Le clavier semble construit pour durer.

La teinte gris-crème est franchement réussie. On est dans le rétro assumé, avec des keycaps qui jouent sur des nuances orangées et beiges sur les touches stratégiques (Échap, Entrée, modificateurs). L’ensemble dégage une vraie identité visuelle. Ce n’est pas le clavier qu’on choisit pour passer inaperçu, c’est même tout le contraire.
Au dos, deux switches physiques. Un pour le mode de connexion (USB / 2.4G / BT), un autre pour basculer entre Windows et macOS. Pratique et bien pensé. Quatre patins antidérapants généreux et deux pieds repliables à deux niveaux complètent le tableau. Le récepteur 2.4 GHz se range dans un compartiment dédié, détail toujours apprécié quand on jongle avec plusieurs claviers.

Les keycaps en PBT dye-sublimation sont de qualité. Texture granuleuse, légendes infusées dans le plastique (donc impossible qu’elles s’effacent), profil cherry plus bas que l’OEM. Bémol : ils ne sont pas shine-through. Si tu comptes profiter à fond du RGB, tu seras déçu. Le rétroéclairage diffuse autour des touches mais ne traverse pas les légendes. On peut toujours les remplacer plus tard si c’est un point bloquant.
Le mini écran TV : gadget malin ou inutile ?
Voilà la fonction qui fait jaser dès qu’on parle du RT98.

Ce petit écran rétro façon vieille télévision se fixe en haut à droite (ou à gauche selon la configuration) via des aimants et des connecteurs PogPin de précision. Les aimants sont puissants. Vraiment puissants. L’écran ne bouge pas, même quand on déplace le clavier d’une seule main. Et on peut le détacher en deux secondes pour un setup épuré.
Mais que peut-on en faire concrètement ? Plus qu’on ne pourrait le croire. Par défaut, il affiche la date et l’heure (qu’il faut configurer manuellement, sinon il se croit en l’an 2000). Il peut aussi montrer l’état de la batterie, le mode de connexion actif, le profil Bluetooth en cours, ou basculer en mode « typing » qui affiche la dernière touche pressée. Plus utile qu’il n’y paraît, surtout l’indicateur de batterie qu’on consulte d’un coup d’œil sans avoir à plonger dans les paramètres système.
La vraie originalité c’est la personnalisation. Epomaker propose un outil web (pas de logiciel à installer) pour uploader jusqu’à trois GIFs animés. On bascule entre eux avec Fn + Maj droite. L’outil web propose aussi des stats système (CPU, RAM, météo, Pomodoro, statut Discord/Steam), mais ça demande que l’appli tourne en fond sur ton PC.
Mon usage au quotidien ? Un GIF sympa en permanence, et bascule occasionnelle vers l’écran de connexion quand je passe d’un appareil à l’autre. Est-ce indispensable ? Non. Est-ce que ça donne du caractère au clavier ? Absolument. Le fait qu’on puisse le détacher rend l’écran beaucoup moins envahissant que ce que je craignais.
Modularité : le vrai argument du RT98
C’est LA fonctionnalité qui rend ce clavier unique sur le marché.

Le pavé numérique peut être positionné à gauche ou à droite du clavier principal. Epomaker vend les deux versions séparément (Southpaw et Right-handed), donc le plus simple est de prendre directement la bonne. Mais on peut aussi acheter une version et la convertir.
J’ai testé les deux. Premièrement la version Southpaw, numpad à gauche. Pour qui utilise beaucoup la souris ou une tablette graphique à droite, c’est une révélation. Ça libère de la place pour le geste, et ça repositionne le clavier alphanumérique plus au centre du bureau, à la verticale du regard. Les gauchers et les utilisateurs intensifs de logiciels créatifs vont apprécier.
Puis j’ai basculé en configuration droitière, plus classique. La procédure :
Dévisser les 8 vis hex au dos (la clé est fournie). Retirer le frame supérieur. Lever doucement les deux modules. Débrancher les nappes flex qui les relient au PCB. Échanger leur position physique. Rebrancher les nappes. Replacer le frame. Revisser.

Ce n’est pas insurmontable mais ça demande de la concentration et au moins 20 minutes la première fois. Les nappes flex sont fragiles. Il faut y aller en douceur. Et clairement, ce n’est pas une opération qu’on refait toutes les semaines.

Mon conseil : si tu hésites entre les deux versions, achète directement celle qui correspond à ta latéralité dominante. La modularité est plutôt un argument rassurant sur la durée, qui te permettra de changer d’avis dans six mois ou un an. Pas un truc à utiliser en mode « lundi je suis gaucher, mardi je suis droitier ».




L’expérience de frappe : du cushioned bien dosé
Côté switches, j’ai testé la version Sea Salt Silent V2.
Linéaires silencieux, 45 g d’actuation, 1,8 mm de pre-travel, prélubrifiés en usine. Le résultat : un son mat, étouffé, presque feutré. Pour qui travaille en open space ou enchaîne les visios, c’est franchement un bon choix. On garde une sensation de frappe agréable malgré le caractère silencieux, ce qui n’est pas toujours évident avec ce type de switches souvent décevants côté feedback tactile.
Le gasket-mount fait son travail. Cinq couches d’amortissement séparent le PCB du boîtier (j’ai démonté pour vérifier, oui c’est bien là), et le retour de frappe est vraiment souple sans devenir mou. Chaque appui a ce côté cushioned que les amateurs de claviers customs recherchent. Après plusieurs heures de rédaction, aucune fatigue dans les doigts ni les poignets. Pour qui passe ses journées à taper, ce confort se ressent vraiment, au-delà du simple gadget marketing.
Les stabilisateurs sont clip-in et prélubrifiés. Pas de rattle audible sur la barre d’espace ni sur l’Entrée.
Petit retour d’expérience à signaler : sur certaines unités, un léger ticking peut apparaître après quelques semaines sur la gauche de la barre d’espace. Si ça t’arrive, retirer la touche et la repositionner fermement règle généralement l’affaire. Rien de grave.
Pour le gaming compétitif, les Sea Salt Silent sont moins indiqués que les Creamy Jade. La nature silencieuse retire un peu de feedback qui peut manquer en FPS. Pour de l’usage mixte bureautique et gaming occasionnel, ils font très bien le job. Et au pire, le hot-swap permet de changer d’avis sans tout racheter.
VIA le cadeau d’Epomaker
Voilà le gros plus de ce clavier face à la concurrence : VIA en natif.
Pour ceux qui ne connaissent pas, VIA est un logiciel open source qui permet de remapper les touches, créer des macros, gérer les couches de raccourcis et configurer le rétroéclairage. Le tout sans logiciel propriétaire instable et sans avoir à flasher un firmware QMK à la main.
L’installation est immédiate. Tu télécharges le fichier JSON depuis le site Epomaker, tu le charges dans VIA (qui tourne directement dans le navigateur), et c’est reconnu. Tu peux ensuite reconfigurer chaque touche, créer des profils dédiés (un pour le montage vidéo, un pour le gaming, un pour le travail), définir des couches de raccourcis. Tout est fluide et stable.
Le mini écran a sa propre app web, séparée. Pas idéal d’avoir deux outils différents, c’est vrai. Mais ça reste accessible et surtout, c’est rassurant face à un logiciel propriétaire qui pourrait être abandonné ou cesser d’évoluer. Avec VIA, ce clavier restera configurable pendant des années.
Connectivité et autonomie : du sérieux
Trois modes de connexion. Tous fonctionnels.
L’USB-C filaire est le plus stable, idéal pour le gaming compétitif. Le 2.4 GHz via dongle offre une latence quasi imperceptible, parfait pour un poste sédentaire. Le Bluetooth 5.1 permet d’appairer jusqu’à trois appareils différents et de basculer entre eux avec Fn + Q, W ou E. Au total : 4 appareils connectés simultanément (1 en filaire ou 2.4G + 3 en Bluetooth).

Cette fonctionnalité est précieuse pour qui jongle entre plusieurs machines. Je passe régulièrement de mon poste fixe (en 2.4 GHz) à mon iPad (en Bluetooth) sans débrancher quoi que ce soit. Pour basculer entre Windows et macOS, deux raccourcis : Fn + A pour Windows, Fn + S pour Mac. Trois keycaps macOS sont fournis dans la boîte pour faire le change visuellement.

Côté autonomie, on rentre dans le territoire des chiffres impressionnants. La batterie de 8000 mAh est l’une des plus généreuses du marché. Epomaker annonce 45 jours en usage typique sans RGB, ou plus de 300 heures en frappe continue. Mes tests confirment l’ordre de grandeur : trois bonnes semaines avant de devoir recharger en usage modéré, RGB éteint. Avec RGB activé à intensité moyenne par contre, on tombe à 5-7 jours d’usage intensif. Logique. L’éclairage consomme énormément, c’est le même constat sur tous les claviers RGB sans fil.
La recharge USB-C est rapide, et on peut continuer à taper pendant qu’il charge.
Petit bémol observé : il arrive très occasionnellement que le clavier reste figé au réveil de veille, malgré les LED qui s’allument. Un cycle d’extinction / rallumage règle ça en deux secondes. Pas systématique, probablement corrigeable via une mise à jour firmware. Mais bon, ça ne devrait simplement pas arriver.
Rapport qualité-prix et concurrence
À 110 €, le RT98 se positionne dans le moyen-haut de gamme.
Le Keychron Q5 Max est plus cher (autour de 220 €) mais propose un boîtier aluminium et un polling rate de 1000 Hz en sans fil. Plus premium côté finition, mais sans la modularité ni l’écran. Si l’esthétique aluminium est ton critère et que tu te fiches du côté visuel, c’est une alternative à considérer.
Le Royal Kludge S98 est nettement moins cher (autour de 70 €) mais avec un build inférieur, un logiciel propriétaire capricieux et pas d’écran. Pour budget serré, ça reste valable, mais on n’est pas dans la même catégorie.
Le Lemokey L5 HE (sur lequel Keychron mise pour le gaming) propose des switches magnétiques Hall Effect mais coûte presque le double. Plus pertinent pour le gaming compétitif pur. Pour un usage mixte créatif et bureautique avec un côté ludique, le RT98 garde l’avantage.
Globalement à 110 €, l’Epomaker RT98 propose un combo de fonctionnalités difficile à battre.
Caractéristiques techniques du RT98
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Format | 98 % (101 touches + numpad modulaire + écran) |
| Versions | Southpaw (numpad gauche) ou Right-handed |
| Switches testés | Epomaker Sea Salt Silent V2 (linéaires silencieux) |
| Hot-swap | Oui, 3 et 5 pins |
| Keycaps | PBT dye-sublimation, profil cherry |
| Boîtier | ABS plastique, finition rétro beige |
| Montage | Gasket-mount, 5 couches d’amortissement |
| Connectivité | USB-C, Bluetooth 5.1 (3 profils), 2.4 GHz |
| Batterie | 8000 mAh (jusqu’à 45 jours d’usage) |
| Écran | Mini TV magnétique détachable, PogPin |
| Rétroéclairage | RGB south-facing |
| Logiciel | VIA + Epomaker Image Tool (web) |
| Compatibilité | Windows, macOS, Linux, iOS, Android |
| Dimensions | 390 x 150 x 45 mm |
| Poids | 1,2 kg |
| Prix | Environ 110 € |
Verdict final
L’Epomaker RT98 est un clavier qui a une personnalité forte. Conception modulaire, mini écran TV aimanté, support VIA natif, batterie 8000 mAh, esthétique rétro réussie, gasket-mount avec 5 couches d’amortissement. Pour environ 110 €, c’est l’un des claviers les plus polyvalents et les plus originaux du moment.
Il a ses limites bien sûr. Boîtier en plastique pas premium. Repositionnement du numpad qui demande du temps. Keycaps non shine-through qui limitent le RGB. Quelques bugs ponctuels. Mais aucun de ces points n’est rédhibitoire.
Je le recommande aux utilisateurs créatifs qui jonglent avec une tablette graphique ou une souris à des positions atypiques, aux gauchers qui galèrent depuis toujours avec les claviers classiques, aux fans d’esthétique rétro qui veulent un clavier avec du caractère, et aux passionnés qui apprécient la liberté offerte par VIA. À éviter si tu cherches du premium métallique pur, ou si tu veux le clavier le plus discret possible visuellement.
Pour tous les autres : fonce. À ce tarif, on tient un produit vraiment singulier qui ne ressemble à aucun autre.

Jean Idereon est un passionné d’informatique et de technologies émergentes, fort de plus de 10 ans d’expérience dans le domaine des tests produits et de l’analyse d’outils numériques. Rédacteur, il décrypte l’actualité high-tech et propose des comparatifs rigoureux, des tests approfondis et des guides pratiques destinés aux professionnels comme aux passionnés. Soucieux de fiabilité et de transparence, Jean s’appuie sur des protocoles de test exigeants et une veille technologique permanente pour offrir à ses lecteurs des contenus à forte valeur ajoutée.